Guinée : le paradoxe de l’électricité, un pays qui exporte pendant que sa capitale manque de courant

La commercialisation de l’électricité guinéenne auprès des pays voisins suscite des interrogations au sein de l’hémicycle. À l’occasion de la plénière consacrée à l’examen de la partie recettes de la Loi de finances rectificative (LFR) 2026, tenue ce samedi 31 octobre, le député Ousmane Kaba a demandé au gouvernement de faire la lumière sur les revenus générés par les exportations d’énergie.

Le parlementaire s’est notamment intéressé aux accords énergétiques liant la Guinée à certains pays de la sous-région, dont le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau. Il estime que les retombées financières de ces échanges méritent davantage de transparence, alors que le pays fournit de l’électricité au-delà de ses frontières.

« Où sont les recettes d’exportation de l’électricité de Guinée ? », a-t-il interrogé devant les membres du gouvernement.

Honorable Dr Ousmane Kaba

Pour étayer son intervention, Ousmane Kaba a rapporté une discussion qu’il affirme avoir eue, deux jours auparavant, avec le ministre de l’Énergie, Laye Sékou. D’après le député, le ministre lui aurait indiqué que les accords d’exportation concernés remontaient aux précédentes administrations.

Une explication qui n’a visiblement pas convaincu l’élu, lequel s’interroge sur la volonté des autorités actuelles de maintenir ces engagements, alors que d’autres accords hérités des anciens régimes ont pu être remis en question.

« La Cinquième République a hérité de ces accords. C’est bien, mais il y a beaucoup d’accords qu’on a pu casser. Pourquoi pas celui-là ? », a-t-il demandé.

Au-delà de la question des recettes, le député a également dénoncé ce qu’il considère comme une incohérence dans la gestion de l’offre énergétique nationale. Selon lui, il est difficilement compréhensible que la Guinée fournisse de l’électricité à plusieurs pays voisins alors que Conakry reste confrontée à des problèmes d’approvisionnement.

« Voilà un pays très paradoxal qui n’arrive même pas à électrifier correctement sa capitale, mais qui vend de l’électricité à trois autres pays. C’est un grand paradoxe », a-t-il déploré.

Face à ces préoccupations, la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, a apporté des éclaircissements sur les mécanismes financiers liés à cette coopération énergétique. Elle a expliqué que les échanges reposent sur un dispositif de partage des connexions électriques entre la Guinée et ses partenaires régionaux.

Reconnaissant l’existence de retards dans les règlements financiers, elle a toutefois défendu le bien-fondé de cette coopération et précisé l’affectation des revenus générés.

« Les pays paient bien, bien qu’il y ait des arriérés. La Guinée paie aussi avec des arriérés. Mais ce partenariat a pour objectif de faire du bien, non seulement à la Guinée, mais aussi à d’autres. Les recettes sont utilisées majoritairement pour l’entretien des centrales de l’EDG notamment », a-t-elle expliqué.

Cette intervention gouvernementale met ainsi en avant la dimension solidaire et régionale des accords d’interconnexion électrique. Elle confirme également que les recettes issues de ces échanges contribuent principalement à l’entretien des installations de production de l’Électricité de Guinée (EDG), malgré les arriérés de paiement reconnus entre les différents partenaires.

Avec guinee360.com

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