L’instrumentalisation du droit et de l’éthique, une autre dérive de la société guinéenne

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Par Youssouf Sylla. Le recours fréquent à l’académisme juridique, éthique et littéraire, « soi-disant neutre » pour donner libre cours à son positionnement politique trahit la franchise universitaire. Il s’agit d’un habillage raffiné de ses opinions politiques par ces disciplines par essence nobles. Ces pratiques de bourrage de crâne de ceux qui refusent de s’identifier selon qu’ils font de la science ou de la politique, alors même que la seconde n’est interdite à personne, ont un nom : le détournement des règles de leurs objectifs légitimes. La Guinée ne manque pas d’experts, de pratiquants et d’adeptes dans ce type de manipulations.

Maintenant un mot sur les relations entre la politique et le droit en Guinée. Le droit est la traduction normative des conceptions politiques, économiques, socioculturelles et internationales d’un pays à un moment donné. C’est la cristallisation de notre idéal à travers l’institution de quelques droits et obligations, dont l’inobservation est sanctionnée par un juge indépendant, selon une procédure réglée d’avance.

Dans un Etat de séparation de pouvoirs, ce sont les élus, réunis dans un parlement, qui discutent et votent les lois qui ont vocation à s’appliquer dans un pays. Une fois rentrées dans l’ordre juridique, ces lois générales et impersonnelles, qui sont au départ, le produit de nos conceptions idéologiques, entament une autre vie qui doit être entièrement dépolitisée. Car les lois s’appliquent aussi bien à ceux qui l’ont votées qu’à ceux qui l’ont rejetées.

Mais en Guinée, la mise en œuvre de la loi est très souvent contrariée par certains hommes politiques qui se donnent la liberté de se soumettre seulement aux lois de leur choix. Mais aussi par certains juges qui se mettent au service des projets politiques, et par certains hauts cadres de l’administration qui ont tendance à substituer leurs volontés à la loi. L’instrumentalisation de la loi a donc atteint un niveau que son autorité est largement entamée.

Si en définitive, l’influence de la politique est incontestable dans l’élaboration et le vote de la loi, son interférence dans la mise en œuvre de la loi est inquiétante. Elle est même un motif de perturbation de l’ordre social. Il y a donc tout un défi à relever pour remettre la loi et l’ordre au cœur de la société.

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