Mamadi Doumbouya a cinq ans de pouvoir. Cinq ans et déjà, il est la coqueluche des grandes puissances. Il faut dire qu’il a de quoi séduire : de l’or, du diamant, des métaux rares, les 2/3 de la bauxite du globe et surtout, du fer à la teneur la plus élevée jamais découvert. Et puis, il a un plus : il a du muscle, c’est un ancien légionnaire. De quoi faire perdre la tête aux maîtres de ce monde qui, on le sait, n’aiment de l’Afrique que ses tyrans et ses mines.
Le caudillo guinéen est bien parti pour devenir le Mobutu du siècle. Le Mobutu ou le Bokassa, ces personnages dont le destin est connu d’avance : on les extrait du néant, on les polit comme on peut, on les gonfle, on en fait des dieux pourvus de droit de vie et de mort sur leurs citoyens. Et lorsqu’on les a sucés jusqu’à l’os, on les jette comme on jette du Kleenex ou du chewing-gum. Pour forger leur légende, rien de plus simple : du bluff et encore du bluff en faisant travailler les cabinets de communication et les plumitifs aux ventres creux.
Seulement, aucune propagande ne fera oublier ceci : ce putschiste avait solennellement juré que ni lui ni ses compagnons d’armes ne se porteraient candidats aux élections suivantes. Il a vite fait de jeter aux orties son serment de soldat et de s’offrir une élection sans risque après avoir jeté en exil les principaux opposants et mis le feu à la maison FNDC (Front National de la Défense de la Constitution). Il est élu à 86,72 % dès le premier tour avec une participation de 80,95 %. Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes et qu’on a nul besoin de commenter. Et maintenant que le produit est emballé, on veut nous vendre le Mamadi Doumbouya nouveau, l’homme de Simandou 2040. Doucement, messieurs les brocanteurs, le projet Simandou est presque aussi vieux que l’Indépendance guinéenne. Il était déjà là sous le règne de Sékou Touré, et même sur le point d’être finalisé au temps d’Alpha Condé. Comme quoi, le coche et la mouche, ce n’est pas que dans Les Fables de La Fontaine.
Une autre babiole qu’on veut nous vendre : le pays de Doumbouya a drainé cette année un investissement extérieur de 7 milliards de dollars (le premier d’Afrique noire, paraît-il). Un ancien haut cadre de la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG) m’a confié que de 1960 à 2020, la bauxite guinéenne a engrangé en tout et pour tout près de 400 milliards de dollars, dont 17 milliards seulement pour la Guinée. Alors faites la règle de 3 pour avoir une idée approximative du profit que ce pays va pouvoir tirer de ce fabuleux investissement. Il m’a aussi dit autre chose, cet ancien haut cadre : « La Guinée devrait faire son deuil de sa bauxite et de son fer. Dans les deux cas, ce n’est pas le pays qui se développe, ce sont les compagnies minières qui se développent sur son dos. »
Il a parfaitement raison : l’économie guinéenne est l’une des plus désarticulées du continent. Elle ne comporte que deux volets, le secteur minier et le secteur informel, c’est-à-dire la misère à tous les étages. Des économies comme celles du Sénégal, du Ghana, de la Côte d’Ivoire ou du Kenya sont bien plus rationnelles : elles reposent sur un réseau dense de petites et moyennes entreprises qui créent des emplois, qui participent à la consommation intérieure et qui transforment peu ou prou les matières premières locales en produits industriels.
Les jeunes Guinéens qui en ont vu de toutes les couleurs n’ont cure de ce tintamarre médiatique. Ils savent, les pauvres, qu’ils n’ont rien à attendre de Mamadi Doumbouya à part le bla-bla et le chômage.
Faut-il aborder le chapitre des droits de l’homme ? Le bilan serait si vite fait : des exilés, des prisonniers, des disparitions forcées, des cadavres, des placards aux champs. Voilà ce qu’a dit Alioune Tine, ancien président de la Rencontre Africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDO) lorsque, le 24 août dernier, des paysans ont découvert par hasard 6 hommes bâillonnés et enchaînés, enfouis dans un champ des environs de Forécariah : « La peur règne en Guinée. On a l’impression de revivre les pires moments de Sékou Touré ».
C’est dire !
𝗧𝗶𝗲𝗿𝗻𝗼 𝗠𝗼𝗻𝗲𝗻𝗲𝗺𝗯𝗼
