Chantier de la Cité Chemin de Fer : La société chinoise auditionnée pour des soupçons d’abus de confiance et d’escroquerie

Guinée

Le chantier de démolition de la Cité Chemin de Fer à Kaloum vire à l’affrontement judiciaire. Visée par une procédure pour abus de confiance et escroquerie, la société China Construction SAUSUM SARLU est désormais au centre d’une enquête menée par la gendarmerie suite à la plainte de son sous-traitant EDOUMAF BTP SARLU. Au cœur de ce litige financier : une facture impayée de 564 millions de francs guinéens au titre de travaux d’évacuation d’imprévus, rejetée par la direction chinoise.

Une audition à la gendarmerie pour abus de confiance et escroquerie

L’affaire a franchi un cap décisif ce mardi 8 septembre 2026. Selon des sources contactées par notre rédaction, M. Wen Jun GAO, ingénieur chargé des relations extérieures de China Construction SAUSUM SARLU, a été entendu sous le statut de «personne soupçonnée » par les officiers de police judiciaire de la Gendarmerie de l’Urbanisme et de l’Habitat. Cette audition fait suite à une plainte formelle déposée par le PDG d’EDOUMAF BTP, M. Mamady Doumbouya, pour des faits présumés d’abus de confiance et d’escroquerie.

Devant les verbalisateurs, le cadre chinois a rejeté l’ensemble des accusations. Pour justifier le refus de paiement des 564 millions GNF, la partie chinoise soutient que ces prestations supplémentaires d’évacuation ne figurent dans aucun contrat formel ni avenant écrit signé par le gérant principal.

La question centrale des pouvoirs du chef de projet de terrain

Le procès-verbal d’audition met en lumière la ligne de défense de l’entreprise chinoise. Interrogé sur le rôle du chef de projet sur le site (M. YESU) avec lequel le sous-traitant guinéen affirme avoir négocié la mobilisation de 4 camions et 2 excavateurs pendant 20 jours et nuits , le représentant de China Construction SAUSUM a soutenu devant les enquêteurs que cet agent ne disposait d’aucune délégation légale pour engager financièrement la société.

Tout en reconnaissant encore que le chef de projet avait la latitude d’envisager des travaux supplémentaires sur le site, la direction chinoise affirme que de telles prestations devaient impérativement faire l’objet d’une validation écrite du gérant pour être opposables à l’entreprise.

Me Francis Haba : « C’est la justice qui dira qui a raison »

Joint directement par notre rédaction pour obtenir sa réaction suite à cette audition et faire le point sur la position de ses clients, le conseil juridique de China Construction SAUSUM SARLU, Me Francis Haba, a confirmé le basculement officiel du dossier devant les instances judiciaires :

« Nous sommes en procédure, nos clients ont été effectivement auditionnés. On va poursuivre la procédure. Comme je vous l’ai expliqué, c’est un contrat entre les parties. Le montant contractuel est déterminé dans le contrat, et tout. Après, le contrat… il dit qu’il y a eu des travaux supplémentaires et ça n’a jamais fait l’objet d’accord entre eux. Donc c’est une procédure judiciaire qui a commencé, au tribunal on dira qui a raison ou pas. »

Mamady Doumbouya (EDOUMAF BTP) : « On m’oppose un interlocuteur inconnu pour créer la confusion »

Avisé des arguments de la défense, le PDG d’EDOUMAF BTP, M. Mamady Doumbouya, a vivement réagi au micro de notre rédaction, contestant la légitimité de l’ingénieur entendu par la gendarmerie et pointant la mise à l’écart du véritable chef de chantier :

« Je vais être direct avec vous : je n’ai jamais rencontré ni parlé avec le responsable chinois auditionné ce mardi à la gendarmerie. Je m’interroge sincèrement sur sa provenance dans ce dossier, alors qu’aucune des parties ne l’a aperçu durant l’exécution des travaux entamés en mars, » introduit-il

« Depuis le lancement du chantier, la direction chinoise m’a présenté M. YESU comme le chef de projet officiel, planificateur et payeur. C’est lui qui m’a remis, de main à main, les règlements perçus jusqu’ici. Aujourd’hui, pour semer la confusion, la société a discrètement écarté cet interlocuteur clé pour présenter une personne qui m’est totalement inconnue, » révèle M. Doumbouya

Puis il poursuit : « Sur le premier devis d’imprévus de 360 millions GNF, c’est ce même M. YESU qui m’a versé une première tranche de 320 millions GNF, avant que l’équipe actuelle ne complète les 40 millions restants. Comment peuvent-ils aujourd’hui refuser de reconnaître le second imprévu de 564 millions GNF, alors qu’ils ont sciemment mis à l’écart le chef de projet avec qui tout a été négocié sur le terrain ? »

« Je vais vous transmettre les documents attestant de mes échanges directs avec le Directeur administratif, M. Jean, ainsi qu’avec le coordinateur général concernant ces 564 millions GNF, et ce depuis le mois de juillet dernier. Cela prouve à suffisance qu’ils cherchent simplement à nier la réalité de leurs engagements, » conclu l’entrepreneur guinéen.

Entre les factures d’exploitation présentées par EDOUMAF BTP et la rigueur contractuelle invoquée par le géant chinois, ce litige commercial et financier se jouera désormais devant les juges.

Par Collectif des Journalistes contre l’Impunité

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