Le regret d’une mère qui a poussé son enfant à la migration irrégulière

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Selon l’Organisation internationale pour la migration (OIM), en 2017, ce sont 2.092 migrants guinéens qui sont arrivés en Italie. Ces statistiques placent la Guinée en tête des pays ayant le plus fort taux de départ de migrants en Afrique sub-saharienne pendant cette période.

C’est connu, bon nombre de candidats à l’émigration décident de partir sans échanger avec un membre de leur famille biologique. Mais, il y a quand même une partie, peut être minoritaire de candidats, encouragée par leur famille. C’est le cas de Boubacar Bah, migrant guinéen en Europe dont la mère a accepté de nous raconter l’histoire.

Nous sommes en 2009 en haute banlieue de Conakry, quand la famille de Boubacar Bah alias Bouba, l’encourage à aller en aventure. Frappée par la pauvreté, cette famille ne parvenait pas à joindre de deux bouts. Étant l’aîné de ces 7 frères, Bouba est incité par ses proches de quitter le pays dans l’optique de trouver une vie meilleure hors des frontières de sa terre natale.

D’où est venu l’idée de candidater pour la migration irrégulière ?

« Le père de Boubacar Bah, était un riche commerçant, qui a des terres à Conakry et Kankan », explique la mère de Bouba sous anonymat. Malheureusement, dans les années 2000-2001, le chef de famille est tombé malade. “Il a des troubles mentaux”. A cette époque, Bouba était à l’université, mais affecté par la maladie de son père, il abandonne les études pour venir épauler sa mère et s’occuper de son père qui casse tout ce qui lui tombe sous la main.

Pendant ce temps, les biens du père de Bouba sont gérés par ses oncles. « Nous avons cherché des médicaments à Conakry et à Kankan durant 2 ans mais en vain. Ensuite nous sommes parties au village en espérant trouver un remède pour mon mari mais hélas… (pleure).  Nous avons rencontré plusieurs marabouts mais sans solution », soupire la mère de Bouba.

Dans nos échanges, cette femme déclare avoir dépensé un montant important pour sauver son mari en même temps qu’elle s’occupait de l’éducation de ses enfants. C’est après les évènements de janvier et février 2007 (grève générale qui s’est transformée en troubles sociaux dans toute la Guinée), qu’un des oncles de Bouba qui géraient les biens de son père est venu à la maison avec une mauvaise nouvelle. “La marchandise de mon frère est fini depuis l’année dernière. Et il n’avait pas assez d’argent liquide. Donc, depuis qu’il est tombé malade on n’a presque tout dépensé“,a informé cet oncle.

Quand elle a entendu ces paroles, elle n’a pu dire un mot, elle était complètement dépassée. “Depuis lors, c’est quand les locataires nous payaient leur loyer que j’achetais deux sacs de riz pour le mois », a-t-elle expliqué.

C’est ainsi que Bouba, le plus grand de ces fils, a commencé à aller à Madina pour faire le petit commerce. Mais la chance ne paraissait pas lui sourire. En 2009, la famille a alors décidé de revendre une de ces parcelles à Conakry. D’une part pour subvenir aux dépenses familiales et d’autre part pour financer le voyage de Boubacar sur l’Angola dans l’espoir qu’il trouve l’eldorado qu’ il cherche.

De l’espoir au désespoir…

Ainsi commence un difficile voyage pour le jeune. « Mon fils ne mettra jamais ses pieds sur le territoire angolais. Arrivé à Point-noir, il sera arrêté avec ses amis. Il a fait 2 ans de prison là-bas avant d’être libéré. Après cette libération, je me suis débrouillée pour l’envoyer de l’argent afin qu’il revienne au pays, (…). Il est revenu en Guinée, en 2013 ».

Malgré sa mésaventure sur la route de l’Angola, Boubacar Bah alias Bouba ne s’est pas découragé sur la voie de la migration irrégulière. Impressionné par la vague d’immigrés qui envahissent les côtes Italiennes et espagnoles, Bouba tente de rejoindre cette fois-ci l’Europe via le désert et la mer Méditerranée.

« Cette-ci je ne voulais pas qu’il parte quand il a abordé le sujet. Mais après des jours de discussion il m’a convaincue vu la misère qu’on traverse. Nous avons cette fois-ci revendu notre parcelle qui se trouve à Kankan. Et il a pris la route. De Conakry à Casablanca, il est parti en avion. Arrivé aux côtés marocain, la police a mis main sur lui avec ses amis… Quand il a été libéré par les marocains, il est parti vers la Libye en traversant le désert. Il m’a dit qu’il a tellement souffert. En 2018, grâce à Dieu il est rentré en Italie.  Mais jusqu’à présent (2021) il n’a pas eu de travail ».

Des regrets… 

Aujourd’hui, deux choses hantent cette femme qui est âgée d’une cinquantaine d’années : la maladie de son mari et le départ de son fils. Elle regrette énormément d’avoir choisi la route migratoire pour son fils.

« La pire décision de ma vie, c’est d’avoir conseillé mon fils de partir illégalement à l’aventure. Aujourd’hui, son père est couché à la maison. Dieu merci maintenant il ne frappe personne, ne casse rien, il est tout temps calme dans sa chambre, il n’accepte pas les visites. Mais de temps en temps il fait des brouillés. Boubacar n’est pas là, son aventure n’a été qu’un malheur et non le bonheur. Je m’en veux à mort parce que je suis à la base de son départ pour l’aventure. Maintenant, regardez depuis 2009, jusqu’à aujourd’hui qu’est-ce qu’il a fait ? Nous avons revendu nos terres sans succès. Il n’a pas fondé une famille en tant que telle. Certes, il est marié et père d’un enfant mais il ne vit pas avec eux. C’est vraiment regrettable », se lamente-t-elle.

MAMADOU BHOYE KADET BARRY 

 

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