Tribune: Culpabiliser les victimes d’abus de pouvoir en Guinée, c’est perpétuer l’injustice
Dans une Guinée où les abus de pouvoir ont trop souvent été normalisés, un phénomène insidieux s’installe: la culpabilisation des victimes. Ceux qui ont osé dénoncer, résister ou simplement exister en dehors des lignes imposées par le pouvoir se retrouvent non seulement marginalisés, mais aussi blâmés pour leur propre souffrance. Cette inversion morale est non seulement révoltante, elle est dangereuse.
Quand la victime devient le coupable.
On entend trop souvent: _ »Il n’avait qu’à se taire »_, _ »Elle a cherché les ennuis »_, _ »Ils ont provoqué leur propre chute »_ , » _Il pense être le seul à aimer le pays_ « , » _Tu n’es pas le seul à souffrir, donc soit comme tout le monde_ « . Ces phrases, lâchées avec désinvolture, traduisent une société qui préfère le confort du silence à l’inconfort de la vérité. Elles font porter aux victimes le poids de la répression, comme si subir l’injustice était un choix.
Mais soyons clairs: ce ne sont pas les victimes qui ont détourné les fonds publics, falsifié les élections ou réprimé les voix dissidentes. Ce ne sont pas elles qui ont confisqué la justice, ni celles qui ont transformé l’État en instrument de peur. Ce sont elles qui ont osé parler quand tout le monde se taisait. Ce sont elles qui ont cru en la loi quand elle ne les protégeait plus.
Une société complice par le silence.
Culpabiliser les victimes, c’est blanchir les bourreaux. C’est détourner le regard des vrais responsables. C’est dire à ceux qui ont été battus qu’ils l’ont mérité, à ceux qui ont été spoliés qu’ils étaient naïfs, et à ceux qui ont été tués que leur vie valait moins que notre confort.
Ce mécanisme de renversement moral est une forme de complicité. Il permet à l’impunité de prospérer, à la peur de s’installer, et à la vérité d’être étouffée.
Honneur aux résistants.
Les victimes d’abus de pouvoir en Guinée ne sont pas faibles. Elles sont courageuses. Elles sont dignes. Elles sont l’honneur de notre nation. Elles ont porté le poids de la vérité dans un pays qui préfère le mensonge confortable. Elles ont résisté là où beaucoup ont plié.
Et si nous ne sommes pas capables de les défendre, ayons au moins la décence de ne pas les accuser.
Cellou Kansala DIALLO
Secrétaire Fédéral UFDG Ratoma