Guinée : les activités politiques sont-elles suspendues par le CNRD ?
Dans une correspondance distillée dans la presse, le mois de novembre dernier, le préfet de Mamou a interdit une activité d’assainissement initiée par les jeunes de la fédération locale de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), le parti politique dirigé par Cellou Dalein Diallo. Le colonel Mamady Diallo a justifié sa décision par « la suspension des activités des partis politiques en Guinée », décidée par le Comité national pour le ressemblent et le développement (CNRD), la junte militaire qui a pris le pouvoir suite au coup d’État contre le régime de l’ancien président Alpha Condé.
Dans sa lettre réponse au président de la Délégation spéciale de la commune urbaine de Mamou, l’administrateur territorial a indiqué qu’il ne peut pas donner suite à cette demande des jeunes de l’UFDG à Mamou. « Je suis au regret de ne pas donner une suite favorable à cette requête suite à la suspension des activités politiques en République de Guinée depuis l’avènement du CNRD le 05 septembre 2021 », a-t-il écrit.
Une affirmation qui a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, et a tout de suite interpellé notre rédaction. D’autant plus que celle-ci remet non seulement en cause le droit à la liberté politique, consacré par l’article 20 de la Déclaration universelle des droits l’Homme de l’ONU, la Guinée a ratifiée. Mais aussi l’affirmation du préfet de Mamou selon laquelle les activités des partis politiques sont suspendues n’est pas exacte.
En fouillant dans les archives, nous sommes tombés sur un communiqué de la junte militaire dirigée par le colonel Mamadi Doumbouya en date du 13 mai 2022. Dans ce communiqué, à l’avant dernier paragraphe, le CNRD a plutôt interdit les manifestations sur la voie publique : « Toutes manifestations sur la voie publique, de nature à compromettre la quiétude sociale et l’exécution correcte des activités contenues dans le chronogramme, sont interdites pour l’instant jusqu’aux périodes de campagnes électorales ».
On peut bien voir qu’entre les deux affirmations, il existe un grand écart en termes de signification. Si le CNRD parle d’interdiction des « manifestations sur la voie publique », le préfet de Mamou, lui, parle de « suspension des activités des partis politiques ».
S’agit-il d’un malencontreux choix des mots de la part du préfet ou d’une ignorance des décisions prises par le pouvoir central ou d’une manipulation de l’opinion publique ?
Compte tenu des zones d’ombres et les éventuelles interprétations qui peuvent en résulter, nous avons décidé de contacter par téléphone le colonel Mamady Diallo. Au bout de la ligne, c’est un administrateur territorial visiblement agacé qui nous répond : « Mon frère, je ne discute pas sur ça. Pardon, il faut aller voir la lettre ! », a-t-il déclaré, avant de nous raccrocher au nez.
Une lettre qui fait réagir…
Dans l’opinion publique cette lettre n’a pas tardé à faire réagir. Parmi les réactions les plus retentissantes, nous avons vu celle de Me Mohamed Traoré, juriste et membre du Conseil national de la transition (CNT). C’est à travers un post Facebook, repris par certains sites d’informations guinéens, que l’ancien bâtonnier a décidé de répondre à l’administrateur territorial. « Monsieur le préfet de Mamou, un communiqué du CNRD dit clairement que les manifestations sur la voie publique sont interdites. Même si cela est contestable en droit. Mais aucun communiqué ne dit que les activités des partis politiques sont interdites », a-t-il précisé notamment.
Verdict
La « suspension des activités des partis politiques » en Guinée, mentionnée par le colonel Mamady Diallo dans son courrier adressé au président de la Délégation spéciale de la commune urbaine de Mamou est fausse. Le CNRD n’a pas pris cette décision. La junte dirigée par le colonel Mamadi Doumbouya a plutôt interdit « les manifestations sur la voie publique de nature à compromettre la quiétude sociale… »
Cet article a été rédigé par Mamadou Ciré Barry dans le cadre du projet Implication des Médias Numériques dans la Prévention Active des Conflits et Tensions (IMPACT), sous la coordination de Thierno Ciré Diallo. Il a été approuvé par la rédaction de Woulanews.