« Ils m’ont dit de me déshabiller, pour voir si je ne porte pas de treillis », raconte un rescapé du train minéralier de Fria

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Les images ont fait le tour des réseaux sociaux en Guinée. Le 23 octobre dernier, le train minéralier de Rusal/Friguia a été attaqué  à Sonfonia T7 dans la commune de Ratoma. Une commune qui est le fief de Cellou Dalein Diallo qui s’était autoproclamé président élu de la présidentielle du 18 octobre dernier. Le bilan de l’attaque a fait quatre militaires (trois gendarmes et un fantassin) ont été lapidés à mort, décapités.  Toujours la peur au ventre, un des rescapés de cette scène de violence inouïe, a accordé une interview à Guinee7.com dans laquelle il a raconté sa mésaventure.

 

« Arrivés dans les zones de Tobolon, Niariwada, Tamouyah, T7, à l’aller, nous avons commencé à recevoir des cailloux sur le train. Mais le contingent descendait, faisait des tirs de sommation, pour nous permettre de dégager la voie. Et le train service évoluait. Mais, nous avons remarqué qu’à chaque fois qu’on dégageait la voie, une fois que nous passons, ils reviennent pour en remettre. Arrivés à Sonfonia, il n’y avait aucun problème et les gens vaquaient à leurs occupations. A ce niveau, on a trouvé un train régulier là-bas, celui qu’on est allé chercher pour le convoyer et le faire sortir de la zone à risque. Les militaires ont dit de faire la composition du train, c’est-à-dire de mette le train service devant avec les militaires et le train aluminier derrière nous. Nous on va s’accrocher l’un à l’autre. Ce qui veut dire en fusion. Je leur ai dit que la manière dont on est venus va ragaillardir les gens là au retour. Il y a un militaire parmi eux qui a dit non non, nous sommes habitués à ça. On a traversé des choses qui sont plus difficiles que ça. La manière qu’on est venu, c’est de la même manière qu’on va repartir.

 

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On a finalement fait la composition du train, on a bougé, arrivés au niveau de la T7, là où on avait dégagé, il y a moins d’une heure de temps, il y avait encore plus de gravats. Les travailleurs ont dit de se retourner. Mais le contingent (militaires) a dit que non ! Ils sont descendus et ont commencé à faire des tirs de sommation. Je confirme qu’ils n’ont tiré sur personne. Ils tiraient en l’air.  Mais nous avons vu que ceux qui étaient sur la route Le prince jetaient des cailloux, ceux qui étaient du côté de la t7 aussi, ils étaient un peu éloignés, mais jetaient des cailloux. Et ceux dans le quartier nous attendaient aussi. On avait désormais un train très long. Et tout le monde se retrouvait devant. Il n’y avait plus personne derrière pour sécuriser. Après avoir dégagé la voie, quand le train a voulu bouger, on a vu que les manifestants avaient désaccouplé les aluminiers et les citernes Fuel. Quand on a bougé, on a vu que les aluminiers ne nous suivaient plus. Et on ne pouvait plus revenir pour refaire le couplage. Parce que les manifestants avaient remis une barricade. On ne pouvait plus reculer.

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« On avait continué dans le quartier. Nous enlevons les gravats, les cailloux ne faisaient que pleuvoir. Nous nous sommes donc tous réunis à la tête de la machine. C’est à ce moment que j’ai compris que les gendarmes qui nous accompagnaient, manquaient de munition maintenant. Parce que j’ai entendu l’un dire à son collègue, donne-moi cette cartouche-là, pour que je travaille avec ça. Et l’autre lui a répondu, moi-même je n’en ai plus. Leur commandant aussi s’est levé, il a commencé à appeler et à dire envoyez-nous des renforts ; envoyez-nous des renforts, sinon ils vont tous nous tuer ici. Il a appelé plus de 10 fois.

 

« Les enfants (assaillants) avaient compris que les gendarmes ne tiraient plus des coups de sommation. Mais ces derniers faisaient semblant de les viser, mais ne tiraient pas. Ils (les assaillants) ont osé ouvrir les 6 vannes des citernes fuel. Chacune fait 5000 litres. J’ai vu des jeunes courir dans le quartier prendre les gants et ouvrir la vanne. Le mazout a coulé vers le dépotoir d’à côté, qui était déjà en feu. Et c’est pour cela il y a eu la fumée que vous avez vu sur les photos. Finalement, le conducteur aussi a eu peur. Il a forcé l’obstacle qui est devant et les deux trains ont déraillé. Qu’est-ce qu’on pouvait faire ? On ne pouvait pas rester dans le train.

 

« C’est là où a commencé la débandade. Les militaires et nous, chacun a cherché à quitter le wagon pour se cacher. J’ai couru avec l’un de mes amis on est allé d’un côté, suivi des gendarmes. On est allé dans une impasse. Il y avait un parmi nous qui avait escaladé un mur très haut. Nous nous sommes cachés dans une famille, qui nous a accueillis. Mais, il y a un qui nous a vus et a signalé aux autres que nous étions rentrés dans la maison. Ils se sont arrêtés devant la porte et ont intimé au monsieur de nous faire sortir, sinon qu’ils allaient bruler la maison. Le monsieur a été obligé de nous livrer à eux.

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« Je ne sais pas à combien ils étaient. Mais ils m’ont roué de coups ; j’ai compris qu’il y en a qui cherchaient mon téléphone, mon argent, tout ce que j’avais. Je les ai suppliés en Poular, en disant que je n’y suis pour rien dans cette situation. Je suis un travailleur, qu’on m’avait juste dit de prendre le train pour partir. Mais les coups continuaient à pleuvoir. Ils m’ont dépouillé de tout. Ils m’ont dit de me déshabiller, pour voir si je ne porte pas de treillis. L’ami avec lequel j’étais, a témoigné au prix de sa vie que je ne suis pas un militaire. Ils lui ont dit, non ! On ne tue pas d’abord. Va rester auprès de ton ami. On va régler le compte de tes amis là (les militaires, ndlr)…»

 

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